CHANTAL SPITZ

Chantal T. Spitz est née le 18 novembre 1954 à Pape’ete (Tahiti).     

Élevée dans un univers occidental chez ses parents, elle est bercée à la fois par le jazz, les chants grégoriens, Tino Rossi et les chants traditionnels du Tiurai [1]. Sa famille maternelle l’enracine dans la culture tahitienne. Dès l’obtention de son baccalauréat, elle part à la rencontre de ses cousins du Pacifique sud. À son retour, elle entre dans la vie active comme secrétaire, mais rapidement elle se réoriente et choisit l’enseignement. Mère de trois garçons, elle vit à Huahine (Iles sous le vents) sur le motu [2] Maeva. En apparence loin de tout, elle demeure très à l’écoute de ce monde aux multiples visages qui est le sien.

Son premier roman L’île des rêves écrasés, premier roman tahitien publié, a été édité en 1991 aux Éditions de la plage (réédition en 2003 aux éditions Au vent des îles). Il a été salué en Polynésie française comme un événement à une époque de renaissance culturelle pour son écriture au rythme inspiré par l’oralité. L’île des rêves écrasés est également le premier roman tahitien traduit en anglais. Il est paru aux éditions Huia (Wellington, Te Aotearoa) sous le titre de Island of Shattered Dreams dans une traduction de Jean Anderson.

Brisant les habitudes, en colère contre tous  les silences, Chantal T. Spitz participe à l’aventure de la revue littéraire Littérama’ohi débutée en 2001, dont l’un des objectifs est de faire connaître la variété, la richesse et la spécificité des auteurs originaires de la Polynésie française dans leur diversité contemporaine.

Tour à tour institutrice, conseillère pédagogique et conseillère technique au Ministère de la Culture, aujourd’hui à la retraite, elle milite depuis de nombreuses années contre un néo-colonialisme insidieux fait de réécriture de l’histoire et de perpétuation d’un mythe qui fige les Tahitiens dans une caricature de bon sauvage et autres vahine lascives, permettant à chaque Autre de faire l’économie d’une rencontre réelle avec un peuple tant écrit d’encres occidentales.

Ses interventions dans de nombreux colloques à Tahiti, en Nouvelle Calédonie à Palau en Australie à Fiji en Italie, ont interpellé par ses textes politiquement incorrects dans un espace balisé par les idées reçues.

En 2002, Chantal T. Spitz publie Hombo, transcription d’une biographie aux éditions Te Ite, texte qui restitue le douloureux témoignage de jeunes gens mis momentanément à l’écart de leur village quand le mode de vie qu’ils avaient choisi était trop étranger à la tradition.

Pensées insolentes et inutiles, recueil réunissant quelques contributions à des colloques ou des revues et des écrits jusqu’ici dormant dans des cahiers ou griffonnés de-ci de-là,  paraît aux éditions Te Ite en mai 2006.

Majeure est la référence à l’écrivain tahitien C.T. Spitz : l’œuvre romanesque exigeante qu’elle élabore lentement, le travail original qu’elle effectue sur la langue et sur les formes, la cohérence de la vision qu’elle offre en font un artiste de premier plan dans le domaine littéraire.

Dans la mesure où celui-ci ne s’inscrit pas dans une tradition (l’écrivain extra-européen), dans une lignée familière ou supposée bien connue des lecteurs européens, ils sont tenus à  une fonction « présentative » ou parfois à jouer le rôle pédagogique ou même médiatique de « représentant » culturel. Or assurément, par la radicalité de son propos, par son franc-parler corrosif, par son refus de toute compromission, Chantal T. Spitz n’est pas « représentative » des autres voix qui s’élèvent à Tahiti ou dans les îles voisines. Mais cette absence de « représentativité » ne doit pas s’entendre comme une limite ou un défaut ; bien au contraire, se refusant à parler « pour » ou « au nom » de son peuple, elle exprime en toute son acuité la singularité polynésienne. Loin d’être « isolée »  [3] – sinon certes au sens où tout insulaire peut l’être par sa position géographique – menant une  réflexion critique radicale sur tous les sujets essentiels à la construction d’une identité océanienne, elle fait entendre une voix libre et exemplaire marquée par un sens aigu de l’indépendance, voire de l’insoumission, par rapport au discours idéologico-politique ambiant.

Le propos de Chantal Spitz est aux antipodes de la sublimation aveugle du passé qui placerait l’avenir du peuple polynésien dans un retour à des temps mythiques. Dans un discours prononcé le 26 juin 2008 devant l’Assemblée de Polynésie [4], elle dénonce, avec le lyrisme et la fermeté qui caractérise ses prises de parole,

le risque de tourner le mépris de nous-mêmes en conflits fratricides
le risque de succomber à la mythisation des origines la célébration de racines imaginaires l’exaltation sectaire de la culture traditionnelle
le risque de substituer à la mythologie forgée par le colonisateur une contre-mythologie « un mythe positif de [nous]-mêmes » 
[5]
nous engageant à notre tour sur le chemin d’une nouvelle désidentification

nous sommes là pour un espoir une histoire une mémoire
nous sommes là pour deux mots
qui posent notre historicité avèrent notre temporalité nous mettent en sonorité

résistance
résignation

ni l’un ni l’autre
et pourtant l’un et l’autre.

Il y a bien assurément une mélancolie postcoloniale, mais cette nostalgie ne peut s’interpréter comme une forme de régression ou de passéisme. C’est une question de douleur.

– Patrick Sultan*

1. Fêtes réunissant       des groupes de chants et danses au mois de juillet. [retour au texte]
2. « Petite île »       en tahitien.  [retour au texte]
3. Comme on le lit avec étonnement dans l’étude de Sylvie André, « Les enjeux du corpus de la littérature francophone enseigné à l’Université de la Polynésie Française à la lumière du TAUI », Transmission et théories des littératures francophones : Diversité des espaces et des pratiques linguistiques (Bordeaux/Pointe-à-Pitre: Presses Universitaires de Bordeaux & Editions Jasor, 2008): 152. [retour au texte]
4. Il s’intitule « Des mots pour dire des maux : E tü e a tau e a hiti noa atu / résistance et résignation », non publié. [retour au texte]
5. Albert Memmi, Portait du colonisé, Paris: Gallimard, 1985, p. 153. [retour au texte]

* Ce texte de présentation de Chantal T. Spitz est adapté pour Île en île, avec permission, de l’article de Patrick Sultan, « Peut-on parler de « Littérature polynésienne francophone » ? ».

Oeuvres principales:

Romans:

  • L’Ile des rêves écrasés. Papeete: Les Éditions       de la plage, 1991;  Pirae: Au Vent des Îles, 2003.
  • Hombo, transcription d’une biographie. Papeete: Éditions       Te Ite, 2002.

Récits:

  • Pensées insolentes et inutiles. Papeete: Éditions Te Ite, 2006.

Articles sélectionnés:

  • « Rarahu iti e, autre moi-même. » Bulletin de la Société       des Études Océaniennes: supplément au Mariage de Loti       (avril-septembre 2000).
  • « Les cris d’une Tahitienne » (« Écrire dominé »).       Hermès (CNRS éditions) 32-33 (2002): 197-204.
  • « Texte de présentation sans titre » et « Identité       comment… ». Litteramaohi 1 (mai 2002): 108-109; 110-113.
  • « Francophonie », « À toi Autre qui ne nous vois pas »       et « Remontons les filets ». Litteramaohi 2 (décembre       2002): 120-122; 123-126; 127-129.
  • « Écrire-contester » et « Confrontation ». Litteramaohi       3 (avril 2003): 80-83, 197-198.

Sur Chantal Spitz:

  • Faessel, Sonia. Poètes de Tahiti. Paris: Éditions de La Table Ronde, 2001: 91-101.

Traductions:

in English:

  • Island of Shattered Dreams. Trad. Jean Anderson. Wellington: Huia, 2007.

Sites et liens sélectionnés
Liens         sur Chantal T. Spitz

textes de Chantal Spitz en ligne sur Île en île:

Littérama'ohi, page d'accueil

sur Chantal Spitz:

ailleurs sur le web:

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2 commentaires à propos de “CHANTAL SPITZ

  1. A l’attention de Chantal STITZet de Flora DEVATINE

    Bonjour !
    Nos chemins se sont croisés, en 2007, les 30 et 31 octobre 2007, à Hienghène, au Salon International du Livre Océanien de Nouvelle-Calédonie (S.I.L.O.).
    Mes élèves et moi, nous y présentions des albums jeunesse en cours de réalisation. J’ai un peu filmé vos appréciations
    qui étaient très encourageantes pour nous….

    Vous avez, toutes les deux, signé une souscription pour en acquérir. J’ai le plaisir de vous annoncer leur publication et vous informer qu’ils sont en vente à 4000 CFP les trois et que les frais de transport sont de 2000 CFP. Ci-joint une petite affiche de présentation.

    Je vous écris aussi, parce que je souhaite solliciter
    votre soutien pour une présentation de nos livres à votre
    Salon Lire en Polynésie 2014, du 5 au 8 juin prochain.
    J’ai bien conscience que c’est court, mais je souhaite connaître les modalité d’une telle participation.

    Je viens d’envoyer un mot à l’adresse du salon,
    avec les liens qui suivent et où vous trouverez un article
    de présentation général des ouvrages accompagnés
    chacun d’un film d’animation sur DVD.

    Le proviseur de mon lycée me pousse à faire sortir ces productions. Je serai disposée à les présenter en projection aussi bien sur le site du salon que dans des établissements scolaires.

    http://escales.enfa.fr/files/2009/03/LADC-19-Printemps-2014-.pdf in ADC, La lettre du réseau animation & développement culturel n°19- Printemps 2014

    Sur le site du Vice Rectorat de Nouvelle-Calédonie
    http://www.ac-noumea.nc/edd/spip.php?rubrique9

    Sur le site du ministère de la culture
    http://www.culturecommunication.gouv.fr/Politiques-ministerielles/Education-artistique-et-culturelle/Actualites/A-la-Une/Trois-albums-jeunesse-et-trois-films-d-animation-lycee-de-Pouembout-en-Nouvelle-Caledonie

    A très bientôt donc d’avoir de vos nouvelles et éventuellement vous revoir.
    Je n’ose pas vous dire à quel point je suis pleine d’admiration
    pour vous et pour ce que vous faites.

    Cordialement !

    Lêdji Bellow-Lavigne

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