REBECCA HOATAU

Une exposition à Lille, le “Rural Groove”, a permis de découvrir les derniers travaux d’une jeune polynésienne, que l’on avait déjà remarqué à plusieurs reprises au “Salon des Artistes d’Outre-mer”.

Le “Rural Groove” est un mini festival organisé par plusieurs acteurs issus de différentes associations affiliées à la fédération des foyers du nord. Le but de cette fédération est de promouvoir des animations dans le milieu rural et culturel. Elle soutient également les projets des différentes associations auprès des élus. En 1998, a été créé un atelier “musiques actuelles” afin de susciter la créativité des jeunes dans le cadre de la pratique amateur, et par la même occasion, le “Rural Groove” a été mis en place. Cette année, la troisième édition de cette manifestation avait pour thème “les îles”. Une jeune artiste polynésienne y participait donc.

Rebecca Hoatau est une wallisienne de 27 ans, venue en métropole afin d’y faire des études d’Arts Plastiques et d’approfondir ses connaissances, tant “du monde” qu’artistiques. Son but, par rapport à cette démarche qui consiste à aller au bout du monde pour étudier, est également d’ouvrir la voie pour d’autres étudiants “Tôt ou tard, Wallis sera amené à faire du tourisme et qui dit tourisme suggère art, folklore. Je tiens à participer à l’éclosion de tout ce qui est artistique sur Wallis. C’est pourquoi l’un de mes nombreux projets est de devenir prof de dessin et enseigner sur mon île”.

Après une maîtrise qui s’intitulait “L’art contemporain maori : entre tradition et modernité”, Rebecca effectue à l’heure actuelle un DEA (diplôme d’études approfondies) dont le titre “Art, mythe et exotisme dans la peinture Tahitienne” laisse présager l’analyse complète d’un thème plutôt intéressant et très en vogue actuellement. Ses références bibliographiques sont par exemple “Kannibals et Vahinés” de Roger Boulay, chargé de mission au Musée national des Arts d’Afrique et d’Océanie, qui prépare actuellement une grande exposition sur les thèmes de l’imagerie populaire dont font parti le cannibale du Pacifique ou la vahiné. Un sujet vaste dont l’artiste raffole “J’ai découvert une passion pour l’art océanien. Mon travail est porté sur l’art polynésien mais en particulier wallisien. Il représente avant tout une grande nostalgie d’une culture, de l’histoire d’un peuple que je cherche sans arrêt à sonder, à comprendre afin de le maintenir, en moi et autour de moi, du mieux que je puisse

Je mène un incessant combat pour perpétuer une culture par le biais de l’art. Je fais partie de la génération qui vit actuellement la transition entre la vie traditionnelle et la vie moderne de Wallis et Futuna. Il me semble vital de pérenniser les traditions de nos ancêtres tout en épousant l’inexorable évolution”. L’artiste comme bien d’autres actuellement puise son inspiration dans les mythes et les légendes des îles “Je transforme les mots de la tradition orale, des récits cosmogoniques des anciens, des contes et légendes de mes aïeux, en symboles, en icônes… En souhaitant que cette part d’imaginaire allume la flamme identitaire des générations qui viendront après moi, que ce passé devienne ou reste toujours le pilier central de la construction de l’avenir”.

À un niveau plus technique, Rebecca utilise en majorité l’acrylique et les différents médiums qui lui permettent de créer des reliefs. Les couleurs suggèrent l’environnement dans lequel elle a grandi : chaudes et parfois très vives, elle utilise aussi beaucoup de tons ocres et marrons qui ne sont pas sans rappeler la terre de ses ancêtres. Pour rester fidèle à sa thématique mythologique, les motifs de tapa, restitués ou détournés d’une manière qui lui est très personnelle, sont omniprésents. Ces formes géométriques, qui ont depuis toujours ponctué le quotidien de la femme wallisienne ou futunienne, fonctionnent dans ses peintures comme un hommage et souligne son respect de l’art tribal.

Une artiste pleine de ressources qui envisage également de faire un DESS de “Valorisation et sauvegarde du patrimoine culturel” et de passer son CAPES, qui lui ouvrirait donc la     voie de l’enseignement. De la pratique et de la théorie, qui peut permettre à cette jeune femme d’être un exemple que les futures générations suivront.

Cheyenne Law

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